• Le spectre de la rose

    Soulève ta paupière close
    Qu'effleure un songe virginal ;
    Je suis le spectre d'une rose
    Que tu portais hier au bal.
    Tu me pris encore emperlée
    Des pleurs d'argent de l'arrosoir,
    Et parmi la fête étoilée
    Tu me promenas tout le soir.

    Ô toi qui de ma mort fus cause,
    Sans que tu puisses le chasser
    Toute la nuit mon spectre rose
    A ton chevet viendra danser.
    Mais ne crains rien, je ne réclame
    Ni messe, ni De Profundis ;
    Ce léger parfum est mon âme
    Et j'arrive du paradis.

    Mon destin fut digne d'envie :
    Pour avoir un trépas si beau,
    Plus d'un aurait donné sa vie,
    Car j'ai ta gorge pour tombeau,
    Et sur l'albâtre où je repose
    Un poète avec un baiser
    Ecrivit : Ci-gît une rose
    Que tous les rois vont jalouser.

    Théophile Gautier (1838)


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    L'étoile a pleuré rose ...

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    L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
    L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ;
    La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
    Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.

    (Arthur Rimbaud. Poésies. 1870)

     


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    Tristesses de la lune

    Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
    Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
    Qui d'une main distraite et légère caresse
    Avant de s'endormir le contour de ses seins,

    Sur le dos satiné des molles avalanches,
    Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
    Et promène ses yeux sur les visions blanches
    Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

    Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
    Elle laisse filer une larme furtive,
    Un poète pieux, ennemi du sommeil,

    Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
    Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
    Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.

    Charles Baudelaire. (Fleurs du Mal. 1857)


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  • Pandora


    (Anne Rice. 2002. Fleuve Noir.)

    "Je suis un vampire. Depuis bientôt deux milles ans. Pourtant je me souviens, comme si c'était hier, de ma vie de mortelle, de mes fantasmes d'adolescente, de ma première rencontre avec Marius, de mon mari, de mes amants. Jamais je n'oublierai mes visites au temple d'Isis, les persécutions d'adeptes, le début du cauchemar. Ni les complots de la Rome d'Auguste, ni les trahisons, ni les massacres."

    L'histoire de la troublante Pandora concerne surtout son humanité et pas sa vie de vampire. Elle rédige pour son ami David (désormais vampirisé) le récit de sa vie en tant qu'humaine jusqu'a ce que le Don Ténébreux lui soit transmis. Anne Rice nous emporte dans l'Antiquité romaine avec force détails historiques et captivants. De nombreuses allusions à ses précédents opus sont faites, en revanche, pas de terreur franche ici, moins de cette sombre fascination qui émanait des deux premiers tomes de la série des vampires. Riche de références culturelles et bien écrit, je l'ai tout de même apprécié car, pour la première fois, Anne Rice fait de son héroïne vampire, la narratrice de son histoire et emploie le JE.
    Pandora est née dans la Rome antique en 15 av. JC, fille d'un riche sénateur, elle à plusieurs frères, est une jeune fille extrêmement jolie, cultivée et mène une enfance heureuse bien que sa mère soit décédée. Elle est très proche de son père.
    A l'âge de dix ans, elle fit la connaissance de Marius, son Amour éternel. Mais son père l'en éloigna, par crainte de voir sa petite fille si jeune déjà mariée, ce qui était pourtant une pratique courante dans l'Antiquité.
    Ainsi, Pandora partage avec nous son enfance, la trahison de son frère et la déchéance de sa famille. Elle sombrera ensuite dans des rêves prémonitoires, entrera en contact avec la reine des damnés, Akasha, sans en avoir conscience et sans même connaître l'existence du Don Ténébreux.
    Exilée à Antioche, grâce a son père, elle va peu à peu réaliser que ses hallucinations n'en sont pas et franchir la frontière de l'Autre monde. En retrouvant Marius, devenu vampire, elle ne peut que le rejoindre à son tour.


    L'héroïne est ici une femme mystérieuse et insaisissable, cynique et trompeuse aussi, mais qui porte comme verrouillée en elle une souffrance indescriptible liée à sa « création », à son destin. Par la connaissance et le savoir, elle perd l'estime envers sa propre existence. Tourmentée par des songes sanglants qui la ramènent en Egypte pour revivre une existence antérieure, elle réalise que sa nature est le produit d'une damnation et se révèle vampire.

    Le Mythe :
    Zeus, père de dieux, demanda à Héphaïstos, le dieu forgeron, de façonner Pandore, la plus belle des créatures mais aussi la plus méchante et paresseuse. Hésiode, le premier, raconte l'histoire poétique de cette « Eve des Grecs » faite de terre et d'eau. Parée de toutes les grâces et tous les attraits par les déesses, elle fut aussi douée de duperie par Hermès, de la parole trompeuse ainsi que de toutes les dangereuses séductions. Irrité contre Prométhée qui avait dérobé le feu du Ciel, Zeus lui envoie Pandore, issue de la Terre, pour le tromper et lui rappeler sa condition bassement humaine. Mais c'est Epiméthée, son frère, qui accepte de recevoir Pandore comme épouse. Les dieux lui avaient confié une boîte mystérieuse (le Fruit défendu) qu'elle ne devait pas ouvrir. Elle le fit pourtant et tous les maux contenus dans le coffret s'abattirent sur l'humanité, libérés par la main féminine : la Vieillesse, la Maladie, la Folie, la Passion, le Vice, la Mort, le Labeur. Seule l'Espérance, vertu réconfortante, resta enfermée au fond quand Pandore, effrayée, referma le couvercle.
    La « boîte de Pandore » et « l'Espérance restée au fond » sont les objets de fréquentes allusions littéraires.
    Goethe écrivit en 1788 Pandora, allégorie lyrique qui fait suite à son Prométhée inachevé. On y retrouve bien le dualisme du drame associé aux symboles positifs : Prométhée représente la réalité concrète et pratique, Epiméthée est animé du souffle divin et Pandore et la beauté pure ; de leur union naissent tous les arts. Une référence plus conforme au mythe d'origine est faite dans la Pandora de Nerval.
    Dans chacune des figures féminines qu'elle a inspiré, Pandore symbolise le danger représenté par le désir et la beauté, dons des dieux qui renferment les graines de tous les malheurs et de tous les bonheurs de l'existence.

    Ligeia

    Bibliographie de l'auteure :

    Les Chroniques des Vampires :
    Entretien avec un Vampire (Interview with the Vampire, 1976)
    Lestat le Vampire Lestat(1985)
    La Reine des Damnés (The Queen of the Damned, 1988)
    Le Voleur de Corps (The Tale of the Body Thief , 1992)
    Memnoch le Démon (Memnoch the Devil, 1995)
    Armand le vampire (Armand, the vampire, 1998)
    Merrick (Merrick, 2000)

    Nouveaux contes :

     Pandora (Pandora, 1998)
    Vittorio le vampire (Vittorio, the vampire, 1999)

    La Saga des Sorcières :
    L'Heure des Sorcières (The Witching Hour, 1990)
    Le Lien Maléfique- (Lasher, 1993)
    Taltos (Taltos 1994)

    La Série des Fantômes :
    Le Violon (Violin 1997)
    Le Sortilège de Babylone (Servant of the Bones)

    Les Momies :
    La Momie (The Mummy or Ramses the Damned, 1989)

    Les contes érotiques :
    Les infortunes de la Belle au bois dormant (The claiming of Sleeping Beauty, 1983-84, traduits en 1998) en 3 tomes : L'initiation, La punition, La libération.


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