• Désirable ? (L'invention collective. René Magritte. 1935)


    « C'est au goût de créer des monstres. Je me précipiterais peut-être entre les bras d'une sirène ; mais si la partie qui est femme était poisson, et celle qui est poisson était femme, je détournerais mes regards. »
    [1]

    Ce poids de l'esthétique dans l'hybridisme n'est pas sans rappeler à nouveau l'essentialité d'Eros dans la fiction fantastique : la femme, même corrompue par l'animalité, doit rester désirable pour fasciner, engendrer le fantasme et posséder l'homme.
    La mythologie grecque regorge de figures hybrides – notamment féminines – mais à part le Minotaure (homme à tête de taureau) les autres Centaures, Sirènes, Harpies, Sphynge, Gorgone ont tous des têtes humaines.
    Cela est révélateur de la pensée grecque qui plaçait l'humanité au-dessus de tout, à l'inverse des civilisations antiques d'Egypte et d'Inde ou bon nombre de dieux naturalistes ont une tête animale.
    Le visage étant vecteur de l'identité, d'une image spirituelle et émotionnelle, il ne doit pas être perverti par l'animisme – règle que le récit fantastique s'empressera de contourner.
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    « En outre, l'humanité et l'animalité sont affectées d'une permutation (...) c'est la tête et non le corps qui est désormais humaine (...) L'animal n'est plus la vérité de l'homme, c'est l'homme qui est la vérité de l'animal. »[2]

    Ligeia

    [1] Diderot, D. « Pensées détachées sur la peinture » Œuvres esthétiques. Paris. Garnier. 1959 (p. 762)


    [2] Goimard, J. « Des Monstres aux Fantômes » (p. 914)


     


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 27 Mai 2007 à 18:23
    Passage éclair
    J'avais autrefois le même fond que toi. Ces roses bleues sintillantes... Merci de ton passage dans mon antre, bonne continuation. Je suis d'accord pour le lien...
    2
    Samedi 22 Septembre 2007 à 21:24
    Perversion et désir ?
    Le haut d'un homme avec le bas d'une femme ? Le haut d'une femme avec le bas d'un homme ? Dans cette représentation surréaliste de René Magritte, il y a cette monstruosité cauchemardesque ! Et pourtant, la perversion est désirable au sens symbolique, mais moins au sens ethique et du bien plaire. J'approuve le mouvement surréaliste comme l'esprit frondeur des films de Buñuel marqué par le rejet de la morale traditionnelle et par l’art de tourner en dérision les conformismes et la religion. Depuis sa disparition, je suis en manque de cette nourriture... Bien à vous Ligeia. Armanny
    3
    Samedi 22 Septembre 2007 à 23:13
    Armanny
    Comme je vous comprends mon ami ! Moi aussi je me délectais de ces instants anticonformistes qui restent hélas aux marges désormais et qu'il faut aller débusquer. Mais le surréalisme n'est pas mort. Merci d'éplucher ainsi mes archives, cela me fait grandement plaisir, tout comme vos textes en musique que je découvre. Bon wee-end à vous. Amitiés. Ligeia
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