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    Romance astrale

    Là, le sable infini s'égrène patiemment,
    En mines salines iodées, feux du couchant,
    Il accueille mouvant en formes émondées
    Nos silhouettes courbées, délacées, enlacées

    Hier, un soleil gluant a emmiélé nos peaux
    D'ambre en pain d'épice, couleurs, saveurs du chaud
    Courbes aqueuses pigmentées de grains de juillet
    Caresse humide granulant en sucré-salé

    Qu'importe les autres là-bas et leurs guerres lasses
    Déportées en oubli les attentes voraces
    Avec elles, les noirceurs des pâles apparences
    L'acéré puits gouffre des belles convenances

    L'été et la nuit montent en insectes fols
    Saouler de leur magie nos deux chairs qui s'affolent
    Deux ombres éjectées du réel et du temps
    Se découvrent et se fondent en sève de présent

    La flamme de l'instant se fait souffle limpide
    Lapidé d'oubli, demain se meurt insipide
    Hier n'a plus que l'écho lointain des envies
    A la lune câline, le rêve dure une vie.  

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  • Si j'étais à toi

     

    Si j'étais à toi,
    Non, je ne t'écrirais pas
    Ou sûrement pas ces mots-là
    Ces douloureux maux du vide et du manque en moi
     

    Si j'étais à toi,
    J'attendrais, nouée, le « Tu »
    Celui de tes lèvres charnues
    Déposé en offrande au souffle de ta voix


    Si j'étais à toi,
    En prisonnière volontaire
    Je m'asservirais à te plaire
    Car je jouirais de ce que tu aimes en moi
     

    Si j'étais à toi,
    Je resterais apaisée
    Après l'amour, réconfortée
    Du refuge de tes bras, je ne fuirais pas
     

    Si j'étais à toi,
    Ma vie ne coulerait pas
    Comme ce sable entre mes doigts
    Elle épouserait ces contours tracés par toi
     

    Si j'étais à toi,
    J'effacerais tes prières
    Vaines rancœurs au sel de la terre
    Au bleu ciel-de-lit je réduirais les combats
     

    Si j'étais à toi,
    De pleurs en rires aux éclats
    Nos lendemains ne seraient pas las
    De palpiter encore aux frôlements de nos doigts
     

    Je ne suis pas à toi
    Si près, si loin déjà nos deux ruisseaux de vie
    Fuguent à l'abandon leur lente mélodie
    Au hasard de ce cours qui lui seul fait sa loi

    Ligeia


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    Mélancolie lunaire

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    Crépuscule,
    Douce heure des contemplations solitaires
    Au-delà des cimes à peine découpées dans le manteau sombre des ténèbres, la pleine lune émergeait de son sommeil maladif, rouge ambrée,
    Menaçante ou blessée...
    Je l'ignorais
    Fermant mes yeux aux rares étoiles qui s'allumaient une à une, j'attendais sa rédemption, sa lumière froide et glacée qui me faisait revivre,
    J'attendais que le brouillard m'enlace et me glace,
    J'attendais la visite impromptue de quelque être nocturne
    Une brise spectrale me fit enfin palpiter. Sans dévoiler mes prunelles impatientes, je levais mes doigts et dessinais très lentement les contours d'une présence désirée sur la toile du vide nocturne.
    Dans le sillage de mes empreintes, j'imaginais alors engendrer le tissu marmoréen d'une peau
    Lèvres pincées et paupières closes, j'ombrais et soulignais avec application les reliefs de ce corps amoureux.
    Mon esprit, enfiévré par le globe écarlate de mon astre malade, ne parvenait pas à disposer les nuances de couleurs, ses couleurs... palette de pourpre et d'or, comment faire ?
    Mon œuvre se dévoilera-t-elle face à moi à la clarté blafarde de ma lune adorée ?
    Attendre encore, respirer avec nostalgie la froideur spectrale des lieux,
    Sous mes pieds humides de rosée parfumée, je sentais la puissance de cette terre qui m'avait enracinée il y a si longtemps ; et, dans ses entrailles, la sarabande effrénée et métallique de ses hôtes invisibles, patients artistes des métamorphoses.
    Frémissement des feuillages, senteurs enivrantes des marécages, viscérale communion ... mon être glacé s'électrisa
    Instant intime et onirique quand l'artiste rencontre son œuvre ressuscitée
    En une ultime et païenne prière, j'adressais à la lune mon ode des douleurs :
    « Sois mon pinceau cette nuit, revêts son corps de ta lumière diaprée, de tes clairs-obscurs violets et blafards... »
    Devant mes prunelles avides qui émergeaient enfin de leur cellule d'opale, apparut furtivement la silhouette chérie.
    Il est là, je l'ai rejoint ? Il m'a rejointe ? Peu importe... la lune bénie l'habille enfin de son éclat mauve et glacial, mon regard coule sur sa peau en ruisseaux miroitants, l'effeuille patiemment de ses nuées de brume, remonte, ravivé, jusqu'à ses bras tendus, ses lèvres si douces, ses yeux...
    Deux sentinelles froides et immobiles me fixent, crûment, impitoyablement.
    Tout autour, le fantôme fragile de ce corps que j'ai aimé et sculpté indéfiniment dans toute matière, dans tout songe, a été balayé, emporté dans un souffle de vent sinistre jusqu'au firmament.
    Ces fenêtres livides sont bien les siennes, celles de sa demeure, la seule lumière qui me le rappelle désormais avec celle de la lune.
    Il est là, c'est vrai, emmuré dans ce château, sur l'autre rive, celle des vivants.
    Parmi les éclats lunaires qui parsèment le décor, j'éclate bientôt en mille visages évanescents et je souris face à mon éternité.
    Jusqu'à la fin des temps...

    Ligeia

    Ce texte existe sous la forme d'une nouvelle plus longue... avis aux personnes intéressées.

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  • Maufatan

    Il était noir, lou Maufatan
    D'un noir lustré et sans défaut
    Narguant le jour lui-même, fier taureau
    Tâche sombre cornée d'arcs de lune sous le soleil écrasant

    On l'appelait lou Maufatan
    Car dans son œil impénétrable
    Les vieux voyaient un trait du diable
    Un reflet païen de Styx ou la lueur d'un fer malfaisant

    Il semblait seul, lou Maufatan
    Quand le troupeau rejoignait la manade
    Altier guerrier posté au crépuscule grenade
    Son regard glacial de statue fixant la ligne d'un horizon menaçant

    Même au mistral, lou Maufatan
    Il ne plissait pas ses yeux étranges
    Fi des légendes, dieu, diable ou ange
    Dressé en sentinelle de la Camargue au cœur odorant

    Ils l'ont pris, ce Maufatan
    Comme les autres massives bêtes
    Pour jouer l'amère comédie des conquêtes
    Des hommes avides de fièvres, de sueurs et de sang

    Prisonnier de l'arène, lou Maufatan
    Chair sauvage piétinante, ivre de cris et de passes
    Jamais n'a courbé l'échine, s'acharnant sur place
    Encore debout dans la poussière rouge le maculant

    Face à son regard, un instant,
    Le torero lui-même a suspendu son geste
    C'étaient bien là le fer et le velours de lumière funeste
    Que l'animal fixait depuis toujours dans les lueurs carminées du couchant

    En veillées provençales, on raconte encore souvent
    Ce conte cruel aux oreilles attentives des gamins
    D'une bête qui toute sa vie eut la prescience de sa fin
    Rien de malfaisant qu'une douleur humaine au cœur du sombre Maufatan.

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    Des silences trop forts 


    Silence banal,
    Du petit matin jusqu'au soir
    Fuyante, elle évite les miroirs
    Elle n'y voit que les masques de la bête
    Jamais le visage désiré qu'elle guette
    Sur les reflets trompeurs que superpose le mal


    Silence normal,
    De sa bouche bée, de son regard figé
    Sur son être dévoyé, scarifié, mutilé
    Elle projette des dégoûts sans concessions
    Des stigmates cauchemardés d'imperfection
    Réelle ou fantasmée, l'image est brutale
     

    Silence animal,
    Une envie d'ailleurs, de combler un vide infini
    Une envie d'être autre jusqu'à l'androgynie
    Pour remplir son cœur rendu exsangue
    Remplir son corps à grands coups de langue
    Devient un besoin brut, primaire et bestial
     

    Silence viscéral,
    Ses ennemis, elle les voit là, blancs et froids
    Parlant à son être automate sans plus d'émoi
    L'imposant tabernacle des pièges tentateurs
    Et derrière la porte close, la cuvette aux horreurs
    Déversoirs uniques de ses tortures lacrymales
     

    Silence fœtal,
    Volupté timide de l'instant où le corps rend les armes
    Puis plus rien n'a de goût autre que celui des larmes
    Les flux et reflux de poisons au creux de ses chairs
    L'aveuglent d'échos d'absence en nausées solitaires
    Prostrée dans son sanctuaire, son univers carcéral
     

    Silence létal,
    Ses mains sur sa gorge, serrées en calice
    Ni dedans ni dehors, son circuit d'immondices
    Un cercle de vices, murs blancs, portes closes
    Yeux fermés, la mort surgira si jamais elle ose
    En or exquis, la délivrer de son antre infernal
     

    Silence fatal
    Demain reviendra avec son cortège d'espoirs déçus
    Faire cruellement miroiter tout ce qu'elle n'a pas pu 
    Tous les feux limpides qui manquent à ses envies
    La reléguer encore dans l'angle mort de sa vie
    Trop de silences, trop forts, une histoire banale.

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