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    La dernière forêt


    (tableau de Max Ernst. 1870)
     

    La dernière forêt se dresse, imposante et fière
    Elle inquiète et fascine telle un visage sans yeux
    Fil des entrelacs de ses membres mystérieux
    Les formes torturées qui se délitent et errent


    Pas l'ombre d'un regard en profondeurs intimes
    Où la nature grouillante se fait presque charnelle
    Où la surnature jaillit furtive et si belle
    Des racines momifiées aux ardentes cimes


    La dernière forêt se dresse, imposante et fière
    Impénétrable, avide, polie en miroir
    C'est elle qui décide qui pourra s'y voir

    Pas l'ombre d'un regard en profondeurs intimes
    Mais à la croisée mobile où nul ne s'arrime

    L'astre percé nous saisit en orbe, scrutateur


    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>Ligeia</o:p>

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  • <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>Tatoo Heure 

    « Pique-moi encore !
    Tatoue-toi sur ma peau, dans mes chairs ! »
    La morsure de l'aiguillon qui va et vient autour du motif me rappelle celle de tes dents. Tour à tour tendres, agaçantes et cruelles. Libérant des milliers d'insectes vibrants jusqu'au creux de mes reins, la douleur est douce, entêtante, envoûtante...


    Je rêve déjà à ce soir.
    Lorsque ma peau apaisée aura retrouvé le chemin de tes doigts, je dévoilerai alors à tes yeux surpris, le motif gravé à tout jamais dans l'intimité de mon corps. Je te dirai comment son avènement m'a fait penser à toi, comment ses multiples contours, pleins et déliés ont attendu la pulpe de tes doigts et le nectar de ta langue, sillon incisif, sel sur la plaie.


    « Tatoue-moi à ton tour ! »
    Use de dards doucereux, de mélodies bourdonnantes, de marbrures sinueuses. Empreinte-moi de moiteurs parfumées pour compléter l'ouvrage.

    Un souffle frais du bout des lèvres surlignera ta signature. 

    <o:p>Ligeia</o:p>

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  • Amant d'amer<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>
    <o:p></o:p> 

    Silence vespéral,
    Ténèbres étoilées,
    Le flux et le reflux des eaux noires s'accordent au rythme de son cœur apaisé.
    L'homme a le sentiment, en fendant les vagues, de violer un repaire virginal.

    Ça l'a attiré comme une force venue de loin, une évidence.
    Aimanté, son regard scrute intensément le miroir immense.
    Encore un pas, puis un autre, un frisson d'effroi et d'excitation, il avance, déterminé.
    L'eau froide lèche ses chevilles, s'enroule voluptueusement autour de ses jambes en une caresse glacée.
    Un instant, le vertige s'empare de ses sens endoloris, peur irraisonnée de sa finitude,
    Mais pour lui, l'amant aimé, puis repoussé, la mort ne peut être qu'un prélude.
    Elle l'aura eu son triomphe, cette madone cruelle au corps de marbre, plus froide qu'une statue,
    Alanguie dans ses draps satinés, ses yeux vert amande à demi fermés, c'est là qu'elle s'est tue.
    Et il a compris,
    Elle s'est jouée de lui.
    En un dernier sursaut de regret, son regard se tourne vers le rivage, furtif et amer,
    Effet-mer...

    Mais ce soir, il retourne vers celle qui ne l'a jamais trahi pour qu'elle lui donne la mort,
    En une ultime étreinte, il veut que la mer l'engloutisse à jamais et finir comme on dort,
    Sans peur, lentement, couler, s'abandonner...
    Ne plus rien sentir, ne plus haïr, ne plus aimer.
    Abysses sombres, un dernier souffle et il ferme les yeux,
    Mais la mer ne veut pas d'amertume, cet amant-là, elle le veut
    Sincère, vibrant, passionné, comme il l'a toujours été...
    C'est l'élément tout entier, rapace, qui veut encore l'aimer.
    Elle, qu'il a depuis si longtemps délaissé, savoure enfin son retour,
    Eternelle, écumeuse, bourdonnante, elle s'insinue en lui comme pour lui faire l'amour.
    Ballotté, soulevé, broyé par des courants affolants dont il est le jouet,
    L'homme réalise que la mer ne veut pas le laisser souffler, expirer...
    En un vertige d'effroi, il sent des milliers de doigts membraneux le parcourir,
    Exciter sa chair meurtrie qui, mécaniquement, répond sans mentir,
    Nymphes envoûtantes, évanescentes ondines, carnassières sirènes...
    Leurs parures tentatrices et tentaculaires l'enveloppent et l'entraînent
    Union contre-nature que cette étreinte macabre et sans âge
    Son esprit revivifié s'exalte et, avant de basculer, convoque un visage
    Traîtresse, abominable maîtresse ! Elle est là entre ses bras, à nouveau offerte
    Enserrant, lacérant son bas-ventre, l'insolente, de ses forces expertes.
    Il revoit ses yeux mi-clos, ses cils ombrer ses joues pâles
    Et sa bouche charnue à la saveur sans égale
    Lorsque le plaisir le saisit, en un dernier spasme tellurique,
    Il sait qu'il va rendre son ultime souffle si longtemps retenu
    Alors, il ouvre ses yeux sur la cruelle bien-aimée à laquelle il s'est rendu,
    Un rayon de lune éclaircit les profondeurs de sa clarté horrifique.
    Du visage collé au sien, il ne saisit en un éclair,
    Que les amandes sombres et sans paupières.
    Des yeux de la mer personnifiée,
    Il n'a pas le temps de recueillir l'insondable beauté :
    La bouche sans lèvres aspire son dernier souffle, râle d'amour et d'horreur.
    Et l'amant de la mer,
    Jamais plus amer,
    S'abandonne enfin au néant salvateur.

    <o:p>Ligeia

    </o:p>
    <o:p>La mer houleuse, capricieuse, ensorceleuse
    Ou bien calme, tendre et amoureuse...
    Au fond, combien se sont déjà perdus
    Dans les profondeurs des amours déçues...?
    </o:p>
    <o:p>Eddx
    </o:p>
    <o:p>Ce texte existe sous la forme d'une nouvelle plus longue en prose... avis aux personnes intéressées.
    </o:p>
    <o:p></o:p><o:p></o:p><o:p></o:p>

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    Deffusion



    C'était hier soir et pourtant chaque nuit

    Nous propulse davantage vers le vide deux vies
    Tu n'y a sans doute pas prêté attention
    Mais nous sommes tombés en deffusion

    Plus rien entre nous,
    Ni masque, ni garde-fou,
    Que ce que la Nature
    Nous a offert pour parure

    Sous l'eau ruisselante de la douche,
    Crucifiée, pendue à ta bouche
    J'attends que tu m'emportes
    Que tu ravives les flammes mortes

    Mais même nos peaux agglutinées
    Compactées, fusionnées, ensemencées
    N'ont jamais pu se lester de l'armure
    Forgée du mince entrelacs de nos blessures

    Que de mots tendres je te noie
    Que tes regards me caressent comme soies
    Jamais tu n'as su lire dans mes interlignes
    Et moi j'ai soigneusement évité les signes

    Qui auraient dépecé nos âmes à vif
    Faisant converger les trajectoires de nos esquifs
    Toi qui dis me connaître sous toutes les coutures
    Sais-tu seulement que tu n'étreins que l'ossature

    D'une chair qui vibre et frémit, mécanique
    D'une poupée qui récite sa leçon, cynique ?
    Emmurés dans le carcan des gestes répétés
    Suturés de vains désirs animaux anémiés

    Nos corps se répondent en une parfaite harmonie
    Mais sur la partition usée de l'orgue de barbarie
    Nos sentiments assourdis par crainte des tortures
    Se seraient-ils éteints par manque de nourriture ?

    Et trouverons-nous jamais la clef de nos silences ?
    Vers quelles mains, quelles abysses, doit-on se détourner
    Pour un jour peut-être mieux se retrouver ?
    Toi, mon inconnu, dis-moi que tu y penses

    Qu'à l'Amour notre vie fait offense.

    Ligeia


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  • Nue et crue

    Les yeux baissés...
    Ça commence toujours comme ça.
    J'entends le froissement du papier, les bruits de sacs qu'on fouille, les conciliabules entre étudiants. J'essaie de ne pas écouter leurs conversations, je n'aimerais pas savoir qu'ils parlent de moi.
    Puis les sons s'estompent, je sais qu'il va venir me chercher. Le rideau s'entrouvre. « Vous êtes prête ? » J'acquiesce. Je garde les yeux baissés. Ma peau est moite, chaude et transie à la fois sous le peignoir d'éponge, mes pieds nus glacés sur le sol froid. Légers tremblements d'attente, d'excitation, de honte mêlées. Ça va passer, je le sais. Ce moment est le pire : le silence, j'envahis leur espace, j'entre sans les voir et bénis le ciel qui m'a faite myope. Dans un brouillard que je force un peu, je me hisse sur la table au centre de la salle de classe, je laisse glisser sans attendre le peignoir à terre et le pousse du pied. Inspirer, redresser la tête, offerte, nue et crue.
    J'entends battre mon cœur dans mes tempes douloureuses : c'est l'heure du jugement. Même court, même inconscient, il est là, son poids m'écrase. Ils me voient femme et je ne veux pas rencontrer le miroir de leurs yeux saisis. Je fixe un point au loin sur le mur et fermement, choisis ma première pose : c'est moi qui décide et donne le départ. Alors, j'entends le frottement des mines et des fusains sur le grain du papier, les regards ont dû se baisser. J'expire enfin. L'écran entre nous s'est dressé, le jeu peut commencer. Dans ma nudité dressée sur ce piédestal de fortune, impudique, j'offre l'image de la femme, de toutes les femmes, je ne suis plus moi. Il m'est bien arrivé parfois de saisir un chuchotement, un ricanement, surtout chez les « première année », vite désamorcé par un geste du professeur. Ils connaissent les règles comme je les connais, j'y suis passée moi aussi, de l'autre côté de cet écran, un crayon à la main. Mais aujourd'hui, ma toile est vide, les bases sont jetées, digérées, tournées, détournées... je ne saurais peut-être jamais créer de mes mains. Je préfère m'offrir.  
    Vertige esthétique de Narcisse, bienheureuse parenthèse.
    Découvrir mes multiples reflets, mes artefact à travers leurs regards, leurs interprétations, leurs gestes, leurs talents.
    J'ai chaud maintenant, une goutte de sueur descend le long de mon dos, les projecteurs braqués sur mes jambes me brûlent les chairs. Les fourmillements se font plus intenses. Je vais changer de pose. Ne pas oublier que c'est moi qui décide. Qui pourrait assimiler ça à du plaisir ?
    L'exhibition n'excite pas mes sens. Elle les apaise et élève mon esprit au-dessus de toute la boue dont mon corps de femelle se couvre si souvent.
    Et ce silence ! Froid, implacable et rassurant à la fois : j'appartiens à cet instant, il me fige à jamais.
    L'Eternité s'introduit dans le fil des secondes par cet instant, immobilité hors du temps, vide et mémoire du monde.
    Leurs multiples représentations m'instrumentalisent, me déforment, me reforment, me fragmentent et me complètent, m'absorbent et me détruisent... elles fixent ma trace, mes avatars en deux dimensions, elles m'éloignent du monde, me libèrent du réel pour mieux le retrouver, me retrouver.
    Je ne veux pas voir ce qu'ils tracent, appliqués, sur leurs planches, encore moins garder les exemplaires qu'ils m'offrent parfois à la fin du cours. Je me fiche qu'ils me rendent plaisante, je veux qu'ils me rendent présente ! Nue et crue...
    Je veux seulement des regards aiguisés, mon corps rendu objet, intellectualisé par cet intérêt anatomique dépourvu de toute pulsion animale, de tout désir de l'un à l'autre.
    Elévation : hors corps, in-hymen, je n'existe plus que par le lien ténu qui me relie à leurs esprits. Qu'il peut être puissant et salvateur le regard humain !
    Ni belle, ni laide, ni bonne, ni mauvaise, je suis, tout simplement.
    J'aime être ainsi, prisonnière de mon enveloppe, plantée, enracinée, terrifiante de mutité : une chose.
    Anesthésiée, je sens enfin que je ne sens plus rien.
    Nature morte.
    Une voix s'élève : « plus que cinq minutes ! » le réel va nous rattraper, nous happer à nouveau dans sa sarabande aveugle.
    Une fois encore, je baisse les paupières et ramasse le peignoir que je vais tenir fermement serré jusqu'à mon cou pendant qu'ils défileront devant la table. J'ai à nouveau des yeux, une voix, un sourire. J'ai le sentiment de m'éveiller d'un songe, encore engourdie. Leurs regards tout à l'heure pénétrants et crus sont si timides et fuyants maintenant qu'ils croisent le mien... se souviennent-ils qu'ils m'ont possédée, dévorée, incorporée ?
    Sacrifice, muse vénale, prostitution... je les ai entendus maintes fois ces termes qui qualifiaient ce que je me plaisais à faire. Même au moment où le professeur laisse tomber dans une large enveloppe les pièces sonnantes, leur musique n'engendre aucune honte. C'est plutôt un chant de victoire : ma nudité exposée peut tuer le désir primaire, tuer l'amour naissant, se pervertir, se représenter mille fois pour atteindre peut-être l'image d'un Idéal.
    Pause-pose, tension, déséquilibre dans ma vie de mortelle.
    Etat de grâce que ce douloureux et délicieux temps de pose... plus de passion, plus de pleurs, plus de regards brûlants, juste une bulle, une carapace autour de mon cœur mutilé.

    Avant que le voile ne se déchire à nouveau sur la trivialité des choses, mon esprit s'abreuve, se nourrit et s'élève. Mes fleurs les plus belles n'éclosent que dans ce que vous nommez la décadence.

    esquisses nus

    Composition de mes esquisses.

    Ligeia


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