• Salomé, sous une lune rouge sang

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    Salomé (extraits  de l'œuvre d'Oscar Wilde, 1893)

    HERODE. Qu'est-ce que cela me fait ? Ah ! Regardez la lune ! Elle est devenue rouge. Elle est devenue rouge comme du sang. Ah ! Le prophète l'a bien prédit.  Il a prédit que la lune deviendrait rouge comme du sang. N'est-ce pas qu'il a prédit cela ? Vous l'avez tous entendu. La lune est devenue rouge comme du sang. Ne le voyez-vous pas ? (...)
    Un grand bras noir, le bras du bourreau, sort de la citerne apportant sur un bouclier d'argent la tête d'Iokanaan. Salomé la saisit. Hérode se cache le visage, avec son manteau. Hérodias sourit et s'évente. Les Nazaréens s'agenouillent et commencent à prier.]  
    SALOME. Ah ! Tu n'as pas voulu me laisser baiser ta bouche, Iokanaan. Eh bien ! Je la baiserai maintenant. Je la mordrai avec mes dents comme on mord un fruit mûr. (...) Mais pourquoi ne me regardes-tu pas, Iokanaan ? Tes yeux qui étaient si terribles, qui étaient si pleins de colère et de mépris, ils sont fermés maintenant. Pourquoi sont-ils fermés ? Ouvre tes yeux ! Soulève tes paupières, Iokanaan. Pourquoi ne me regardes-tu pas ? As-tu peur de moi, Iokanaan, que tu ne veux pas me regarder ?... Et ta langue qui était comme un serpent rouge dardant des poisons, elle ne remue plus, elle ne dit rien maintenant, Iokanaan, cette vipère rouge qui a vomi son venin sur moi. C'est étrange, n'est-ce pas? Comment se fait-il que la vipère rouge ne remue plus ? ... Tu n'as pas voulu de moi, Iokanaan. Tu m'as rejetée. Tu m'as dit des choses infâmes. Tu m'as traitée comme une courtisane, comme une prostituée, moi, Salomé, fille d'Hérodias, Princesse de Judée ! Eh bien, Iokanaan, moi je vis encore, mais toi tu es mort et ta tête m'appartient. Je puis en faire ce que je veux. Je puis la jeter aux chiens et aux oiseaux de l'air. Ce que laisseront les chiens, les oiseaux de l'air le mangeront... Ah ! Iokanaan, Iokanaan, tu as été le seul homme que j'ai aimé. Tous les autres hommes m'inspirent du dégoût. Mais, toi, tu étais beau. Ton corps était une colonne d'ivoire sur un socle d'argent. C'était un jardin plein de colombes et de lis d'argent. C'était une tour d'argent ornée de boucliers d'ivoire. Il n'y avait rien au monde d'aussi blanc que ton corps. Il n'y avait rien au monde d'aussi noir que tes cheveux. Dans le monde tout entier il n'y avait rien d'aussi rouge que ta bouche. Ta voix était un encensoir qui répandait d'étranges parfums, et quand je te regardais j'entendais une musique étrange! Ah ! Pourquoi ne m'as-tu pas regardée, Iokanaan ? Derrière tes mains et tes blasphèmes tu as caché ton visage. Tu as mis sur tes yeux le bandeau de celui qui veut voir son Dieu. Eh bien, tu l'as vu, ton Dieu, Iokanaan, mais moi, moi... tu ne m'as jamais vue. Si tu m'avais vue, tu m'aurais aimée. Moi, je t'ai vu, Iokanaan, et je t'ai aimé. Oh ! Comme je t'ai aimé. Je t'aime encore, Iokanaan. Je n'aime que toi... J'ai soif de ta beauté. J'ai faim de ton corps. Et ni le vin, ni les fruits ne peuvent apaiser mon désir. Que ferai-je, Iokanaan, maintenant ? Ni les fleuves ni les grandes eaux, ne pourraient éteindre ma passion. J'étais une Princesse, tu m'as dédaignée. J'étais une vierge, tu m'as déflorée. J'étais chaste, tu as rempli mes veines de feu... Ah ! Ah ! Pourquoi ne m'as-tu pas regardée, Iokanaan ? Si tu m'avais regardée tu m'aurais aimée. Je sais bien que tu m'aurais aimée, et le mystère de l'amour est plus grand que le mystère de la mort. Il ne faut regarder que l'amour.
    HERODE. Elle est monstrueuse, ta fille, elle est tout à fait monstrueuse. Enfin, ce qu'elle a fait est un grand crime. Je suis sûr que c'est un crime contre un Dieu inconnu (...)
    Les esclaves éteignent les flambeaux. Les étoiles disparaissent. Un grand nuage noir passe à travers la lune et la cache complètement. La scène devient tout à fait sombre. Le tétrarque commence à monter l'escalier.
    SALOME. Ah! J'ai baisé ta bouche, Iokanaan, j'ai baisé ta bouche. Il y avait une âcre saveur sur tes lèvres. Etait-ce la saveur du sang ?... Mais, peut-être est-ce la saveur de l'amour. On dit que l'amour a une âcre saveur... Mais, qu'importe ? Qu'importe ? J'ai baisé ta bouche, Iokanaan, j'ai baisé ta bouche.
    [Un rayon de lune tombe sur Salomé et l'éclaire.]
    HERODE. [se retournant et voyant Salomé] Tuez cette femme!
    [Les soldats s'élancent et écrasent sous leurs boucliers Salomé, fille d'Hérodias, Princesse de Judée.]

    Lire le texte intégral

    La Salomé d'Oscar Wilde nous plonge dans des eaux tout aussi sombres et troubles que le veut la célèbre légende. Chez Mariotte (compositeur), le tissu orchestral façonne à sa façon une tragédie prenante, mêlée d'hallucinations et d'étuves, de brumes menaçantes et d'incantation fascinante. L'or y côtoie le sang en un tableau chamarré, proche des compositions contemporaines de Gustave Moreau (illustration ci-dessus, 1874) Et même l'écriture approche au plus près de Salomé, brossant de la jeune adolescente, princesse de Judée, un portrait sans faille, aux intentions corrompues, perverses, d'une fière autorité, colérique et cruelle, à la fois voluptueuse et terrifiante, à l'érotisme mortifère. Le climat du texte est entièrement coloré de cette torpeur extatique qui rapproche en un rapport de fascination érotique et macabre, le tétrarque Hérode et Salomé. On peut lire ici la fin, mais dès le début, on reste concentré sur les effluves écœurants d'un Orient où beauté et barbarie, volupté et sang se mêlent jusqu'à l'horreur.  Que ce soit dans ses diverses interprétations littéraires ou musicales, Salomé porte l'esprit de la tragédie. Même dans la scène finale, avant d'être exécutée sur l'ordre du tétrarque, Salomé, devenue monstrueuse, déploie une figure crépusculaire qui contraste dans le chatoiement ambiant. On retrouvera la figure de Salomé dans beaucoup d'œuvres, dont :
    Guillaume Apollinaire - Alcools - Salomé (1906)

    Huysmans - A Rebours, chapitre 5 (1884)

    Ligeia

    Oscar Wilde (1854-1900)
    En ces dernières décennies du XIXe siècle, Wilde incarne une nouvelle sensibilité qui apparaît en réaction contre le positivisme et le naturalisme. Dans sa préface au Portrait de Dorian Gray, il défend la séparation de l'esthétique et de l'éthique, du beau et du moral : « L'artiste est le créateur de belles choses. (...) Il n'y a pas de livre moral ou immoral. Les livres sont bien ou mal écrits. Voilà tout. (...) Aucun artiste ne désire prouver quoi que ce soit. Même ce qui est vrai peut être prouvé. (...) Tout art est totalement inutile. » Vivian, le porte-parole de Wilde dans Le déclin du mensonge, s'oppose clairement au mimétisme en littérature qu'implique le réalisme. Selon lui, « la vérité est entièrement et absolument une affaire de style »; en aucun cas l'art ne doit se faire le reflet de « l'humeur du temps, de l'esprit de l'époque, des conditions morales et sociales qui l'entourent ».
    (source biographique : Wikipedia)

    salome et iokanaan Salomé (Levy-Dhurmer, 1896)


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 17 Octobre 2007 à 20:27
    Salomé's mythos by Jules !
    Et elle n'eut, pas même, le viatique d'apercevoir la phosphorescente étoile flottante de la tête de Jean, sur la mer... Quant aux lointains du ciel, ils étaient loin... Ainsi connut le trépas, Salomé, du moins celle des Iles Blanches Esotériques ; moins victime des hasards illettrés que d'avoir voulu vivre dans le factice et non à la bonne franquette, à l'instar de chacun de nous... Bravo ! Jules Laforgue... Oscar et Paul même condamnation et mlse au cachot ! Ah ! Arthur et Oscar ( du 20 et du 16/10/1854 )... Ah ! Ces " Symbolistes ". Merci à vous Ligeia de ce partage " Salomesque "... Bien à vous Ligeia. Armanny
    2
    Mercredi 17 Octobre 2007 à 23:41
    Symbolistes
    Ils m'enchantent toujours...je n'ai pas d'époque je crois... du moins, je ne suis pas de la mienne. Merci de votre passage et de vos mots, cher Armanny. Belle nuit. Ligeia
    3
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 11:00
    hello ligiea...
    merci pour ta visite ,j'espere que tu te soigne bien!!en attendant de te revoir ,je te sohaite un bon retablissement!!!bsgi a té sorenza
    4
    océanali
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 12:32
    bonjour
    j'ai vu que tu étais malade alors je viens te souhaiter bon rétablissement et bon courage. Biz. Bonne journée
    5
    7andersen
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 12:36
    c'est du vent
    Bonjour Ligeia, j'ai profité de votre absence pour visiter nuitament vos quartiers, très féminins, très "sélènes" en effet, et où règne une atmosphère assez étrange, où l'ambiguïté est à chaque coin du lit. Vous avez des dons pour le camouflage. Mais je ne vous vois rien à cacher ! Peut-être votre ombre ... peut-être... en tout cas j'ai bien aimé et je reviendrai... j'ai bien aimé ceci également : la vérité est entièrement et absolument une affaire de style »; en aucun cas l'art ne doit se faire le reflet de « l'humeur du temps, de l'esprit de l'époque, des conditions morales et sociales qui l'entourent ». cordialement christian la vérité est entièrement et absolument une affaire de style »; en aucun cas l'art ne doit se faire le reflet de « l'humeur du temps, de l'esprit de l'époque, des conditions morales et sociales qui l'entourent ».
    6
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 16:03
    coucou
    désolé de te répondre si tardivement mais hier soir pas trop le moral plus une crève d'enfer àlors pas au top non pour l'instant je n'arrête pas mais bon on verra la suite des évènements bisous à toi
    7
    Ligeia
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 18:58
    @ Sorenza
    Coucou chère amie... oui, je pme soigne comme je peux mais ma voix ne veut pas revenir... c'est terrible, moi qui adore chanter ;-)) Merci de ta visite et du petit bout de l'île que tu m'apportes avec toi à chaque fois... Bises.
    8
    Ligeia
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 18:59
    @ Océanali
    Merci beaucoup de ta visite et de tes voeux... c'est un peu dur de se reposer avec les enfants mais j'essaie. Bises à toi chère amie.
    9
    Ligeia
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 19:01
    @ Tara
    J'espère bien que tu ne vas pas arrêter toi non plus ma grande ! Alors on est malades toutes les deux ? Remets-toi bien chère amie. Merci de ton passage. Bisous non contagieux.
    10
    Ligeia
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 19:05
    @ 7andersen
    Votre visite et vos mots sont une agréable surprise. L'ambiguïté et l'étrangeté qui règnent dans mes quartiers féminins et que vous avez ressenties sont bien ce que j'essaie de peindre dans ce décor. La citation de Wilde que vous avez aimé est un bel écho de ce que je pense de l'art. J'ai bien essayé de vous rendre la visite mais votre site ne peut être commenté comme un blog. Au plaisir, donc. Merci.
    11
    Jeudi 18 Octobre 2007 à 20:55
    Tjr là
    C'est gentil de t'inquiéter. Mais j'ai juste moins de temps pour moi en ce moment, le taff, les cours et d'aut' choses...mais je continue d'écrire, bientôt de nouveaux textes. Ton blog toujours aussi bien fait, félicitations! Amitié, wordsagain
    12
    Eldarr
    Vendredi 19 Octobre 2007 à 00:28
    La verité ?
    « la vérité est entièrement et absolument une affaire de style. » Ca ne revient pas à dire que la vérité est une illusion ? Puisque differente pour chacun. Y'a t'il une vérité alors au-delà de la perception? Encore des beaux écrits à découvrir pour moi ! Merci Ligeia et bonne soirée à toi.
    13
    Vendredi 19 Octobre 2007 à 08:56
    hello ligeia...
    j'espere que tu te porste mieu?pour ce qui es de la voix ,remede de grand mere!"faire chauffer du lait et dedans met du miel" et tu verras sais super bon et tu retrouvera ta voix de crystal!!lol!!passe une tres bonne journee mon amie ,basgi a té
    14
    Vendredi 19 Octobre 2007 à 10:36
    Ligeia
    j'ai non seulement ouvert ta page, hier, mais copier le lien car je n'avais pas le temps de lire le texte integral pour pouvoir le lire a t^te repose j'ai vu ce que tu avais fais et encore une fois, tes mots sont juste beau mélodieux bien plus que tous ceux que j'ai lu depuis longtemps bisous a toi mon amie, je repasse ce soir !
    15
    Vendredi 19 Octobre 2007 à 15:19
    Bonjour Ligeia,
    Un petit coucou chez toi, en espérant que ta santé est meilleure à présent! je te remercie de ton passage chez moi et de ta fidélité, je serais absente quelques temps, mais rien de grave! Je te souhaite une bonne journée. Bisous à bientôt.
    16
    Vendredi 19 Octobre 2007 à 15:44
    Toutes les vérités...
    Sont-elles bonnes à être révélées ? Je pense que la " Vérité " est une affaire de style ! Comme dit par Oscar : " Les livres sont bien ou mal écrits et non moral ou immoral "... Je pense à cet adage populaire : " Il n'y a pas de sot métier, mais que de sottes gens ! "... Merci à vous Eldarr de votre sublime commentaire à propos de " Reflets "... Ce mélange d'intérieur et d'extérieur se libérant par l'explosion final du " Moi "... Bien à vous Ligeia... Soignez-vous bien grâce aux remèdes conseillés par Miss Lili et celui, excellent, (lait chaud et miel) de Sorenza. Armanny
    17
    Vendredi 19 Octobre 2007 à 20:40
    bonsoir Ligeia
    je viens prendre de tes nouvelles à l'orée du week end et te souhaiter un prompt rétablissement...tu sais les maladies suivent un cycle de 3-6-9, pendant les 3 premières jours, elles évoluent, les 3 jours suivants, elles stagnent et sont au plus haut de leur foce et les 3 derniers jours elles commencent à perdre en énergie et s'éteignent...bisous antivirales pour que tu guérisses vite
    18
    Aria
    Vendredi 19 Octobre 2007 à 23:56
    BISOUS
    CELON LA VOLONTE DE LADY ALLEGORIES N EST PLUS ELLE L A DETRUIT C ETAIT SA CREATION JE NE PEUX LUI EN TENIR RIGUEUR SI CE N EST DE L AVOIR FAIT DERIERE MON DOS MAIS JE PASSERAI MALGRES TOUS TE LIRE BISOUS DOUX
    19
    Samedi 20 Octobre 2007 à 14:26
    bonjour ici
    je te remercie de ta petite visite par chez moi, je te dépose mes amitiés et fait la découverte de ton univers...bisouxxx
    20
    Samedi 20 Octobre 2007 à 16:12
    A tous
    Merci, je vais mieux... désolée de ne pas vous répondre un par un ici mais je vais le faire chez vous. Amitiés.
    21
    Samedi 20 Octobre 2007 à 21:16
    coucou
    un petit passage,pour te souhaiter un bon week-end et une bonne soiree.gros bisous.en esperant que tu ailles mieux.domie.
    22
    Mercredi 24 Octobre 2007 à 18:11
    @ Domie
    Toi aussi, tu peux passer quand tu veux, ça me fait très plaisir même si je ne te retrouve plus dans tes pages. Prends soin de toi.
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