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FLEURS SELENES

Odyssée nocturne entre Eros et Thanatos

Blanche (Illustration de S.PM. Law)

Publié le 31 Mai 2007 par ligeia77 in blanche, chagrin, désir, fontaine, larme, Lune, malédiction, mort, muse, poème, pureté

Blanche

Dans une brume laiteuse, au jour déclinant

S'en vient l'ombre blanche à la fontaine prostrée

Murmurant tel le roulis de l'eau sur son attente bridée

Martyre anonyme de solitude, tout à son tourment

 

Comme chaque soir elle attend, ivoire sentinelle de nuit

Fardée de blanc, pierrot lunaire en demande d'ivresse

Parmi les ombres encapuchonnées qui se pressent

Elle disperse en gestes las les flocons de cendres d'un idéal enfui

 

Sur la neige blanche des pas perdus, sa trace subsiste seule

Des lueurs poudrées de la lune qui étire son sourire, croissant de peine

Elle n'est attentive qu'à sa tâche immaculée sur le miroir des eaux sereines

Dans le froid, son col d'hermine a la douceur glacée du linceul

 

Mais rien de matériel ne la touche plus

Reflets fugaces, impressions incarnées, blancs fantômes odorants  

Saveur synesthésique d'un rayon de lune entre ses dents

Ses cernes pourpres ensevelissent sa vue

 

Comme un appel d'océan, les fils iridescents de la lune blonde et lisse

Se confondent dans l'eau de ses songes en reflets opalins

C'est ici, à la croisée des souvenirs des errances sans fin

Qu'elle s'imagine écume dans le sillage de son Ulysse

 

Elle prie l'opacité du rêve, repousse la blancheur nocturne trop crue

Au coin de ses yeux, gemmes éclatants embusqués,

Deux larmes solitaires disjointes perlent, arc- en-cil embullés,

Deux joyaux jumeaux dont les routes ne se croiseront plus

 

Tout ce blanc... vortex givré, vision monochrome vertigineuse

 La mort viendrait-elle l'engloutir dans ses ténébreux soleils ?

Où n'est-ce que lassitude enveloppée d'une chrysalide de sommeil ?

La gracieuse étreinte ne s'offre qu'aux héros, pas aux discrètes pleureuses

 

A la lisière de l'invisible monde, les portes du rêve ont dû s'ouvrir

Ou peut-être est-ce venu de l'intérieur et des ses confins,

Il brûle ses tempes, ce faisceau éblouissant qui n'éclaire rien

Ses yeux clos ne trouvent pas de repos, la rémanence est son pire

 

Retrouver la nuit, ouvrir ses yeux sur un ruissellement de larmes silencieux

A travers les coulures brouillées, le décor n'a pas changé, pourtant...

Autour d'elle, des nymphes livides aux corolles diaphanes dansant

Cueillent des fleurs de temps enfui à la surface dormante des eaux bleues

 

Le cercle de marbre blanc, éternel miroir de l'astre lunaire,

Se fait écrin pour ses parures, bijoux forgés des larmes des mortels

Larmes de joie ou de mélancolie, elle s'en empare et s'en pare, la belle

Pleure donc les tempêtes de ton cœur, c'est nourriture pour sa lumière

 

Le temps n'a plus de prise et la psyché improvisée se pave d'innombrables visages

Se mouvant lentement, enchâssés, enchevêtrés, apaisés

Pareils aux faciès mystérieux d'une multitude de créatures nacrées

Ils flottent et se tordent aux courants incertains de leurs murmures sans âge

 

Elle les observe à travers le rideau englué de ses cils trop lourds

Maintenant furieux et apeurés, leurs bouches béantes et muettes se lèvent vers les dieux

Ils renvoient à son regard, leurs regards vides en pleurs souterrains et envieux

Leurs corps s'enlaçant vainement sous son corps statufié devenu sourd

 

Elle est une fontaine désormais, c'est elle qui de tout son être ruisselle

Au bout de cette nuit blanche dans la blanche nuit sans cœur

Insulaire sans île emmurée dans sa cornaline de douleur

Autour d'elle, des flaques irisées scintillent, tombantes aux racines du ciel

 

 Au matin, la nature en larmes recouvre de rosée l'empreinte sèche du chagrin de Niobé

Plus d'oreille attentive pour son ruisseau d'alarmes qui s'infléchit et se perd

Ses mots glacés, serments d'allégeance à personne, se délitent en éther

L'aube se dresse, dévorante et cruelle, sur des espoirs encore noyés

 

A-t-elle rêvé, peu lui importe, il faut maintenant qu'elle rentre

La femme-poète qui de la lune nourrissait invariablement son ventre

La femme-fontaine offre à la lune désormais toute son essence  

Chaque nuit exige ses pleurs, poison de réminiscences

Instillé à l'arme blanche

Sa page à elle reste blanche.


Ligeia

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M
J'adoreTordu ? Non, compliquée... Ton univers est fascinant, ton esprit stupéfiant, bref j'adore ta vision des choses(c'est pas souvent)...
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L
BlancheMerci... psychose d'une blanche nuit où la lune de muse devient poète et vampire psychique. Tordu, non ? Il me fallait des vers et des vers... Sourires. Ligeia
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M
LongueurTrès beau texte. Un seul reproche (s'il en est), la longueur...
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O
commLe blanc n'est il pas synonyme de pureté? Ici, pureté de la douleur, de la mort et du silence aux confins d'un monde froid de lassitude figé...<br /> très fort!<br /> ombre
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