Lien de sang
Au dehors, des fillettes jouent à la corde...
Une longue corde souple d'un rouge sanguin
Une artère frémissante tendue entre leurs mains
Leurs rires couvrant par moment le ton monocorde
Du balancement régulier, fendant le vent peu amène
Dans la fraîcheur coupante de ce petit matin laiteux
Tout se dégrade, du noir de la rue, du gris brumeux
À leurs blancs manteaux et leurs teints de porcelaine
Tranche la corde, objet de leurs cris de joie
Veine ivre, serpentine, elle s'affole sous mes yeux
Le sang y circule peut-être encore ma foi...
Tourbillonne rouge, feule comme un furieux félin
Les cris se déforment, leurs inflexions changent
Et ça fait mal au-dedans, ça s'insinue, ça me mange
Le flux régulier de ma vie semble couler dans ce lien
Hélas, on ne saute pas par-dessus soi-même...
J'ai beau oublier... elles oublient aussi la chute
Un jour, on trébuche, la corde se serre... chut !
« Ne pleure pas, ça fait grandir » a dit maman qui m'aime
« Ne pleure pas, ce n'est qu'un jeu » m'a-t-il soufflé,
Un jeu de liens écarlates, le lien qui me relie encore à lui,
Un lien bourdonnant parfois, crasseux de mon sang séché
Mais ici, la corde tourne dans leurs mains, innocent poème
Le petit jour translucide se fait moins pâle et dense,
Leurs sourires l'adoucissent, la corde rougeoie et danse
Pourvu qu'elles la tiennent encore longtemps... elles-mêmes
Et que leurs rires sucrés pansent de vieux cris comme de petits rubans roses...
Ligeia
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