Les Sirènes
Lorsque Ulysse va être confronté aux Sirènes[1], il sait que répondre à leurs avances entraînera la mort.
Mais il veut tout de même connaître la nature de ce sentiment pervers qu'éprouve l'homme devant une esthétique paradoxale que l'on dit irreprésentable.
Le mythe des Sirènes est récurrent dans de nombreuses cultures et beaucoup d'auteurs les ont citées, comme Pline, Ovide ou Aristote et plus récemment Valérie Martin qui mêle légende et poésie dans un récit fantastique moderne où la sirène (l'Océan personnifié) cache une imprévisible violence sans raison ni objet sous la sensualité lénifiante d'une ondine.[2]
Les bestiaires et iconographies médiévales les représentent comme des femmes de la tête aux hanches puis poissons jusqu'en bas et munies d'ailes et de griffes.
A l'origine, ces divinités redoutables ressemblaient à de grands oiseaux marins à tête de femme. Leur image fut gravée dans les monuments funéraires et les églises romanes où elles personnifiaient l'âme des défunts.
Figurant de splendides anges de la mort, on les voit souvent chantant et jouant de la lyre de manière fort peu chaste et même concupiscente pour le héros décédé.
Musiciennes dotées d'un talent artistique divin, Homère les rapproche du concept de la femme-objet d'art qui sera largement débattu en Esthétique.
En effet, elles séduisaient les navigateurs qui étaient irrésistiblement attirés par les sonorités magiques qui envoûtaient leurs sens et par les promesses de voyance qui charmaient leur esprit. Ils se perdaient alors dans l'oubli et venaient se fracasser sur les récifs où ils étaient dévorés par ces fourbes ensorceleuses.
Ulysse seul put résister à leur chant infernal en s'attachant au mât de son navire (symbole de la dure réalité) mais ressentit, en les entendant, le frisson paroxystique du désir et de la mort.
Leurs voix comme leur forme semi-humaine sont la métaphore d'un paradoxe esthétique : par leur beauté excessive au-delà des mots, elles entraînent vers le châtiment excessif qui, lui aussi, est au-delà des mots.
Filles de l'eau et de l'air, elles symbolisent les abysses de l'inconscient, la confusion du rêve et, par voie de fait, l'illusion fatale, la fascination mortelle du désir.
Ligeia
[1] Leur nom vient du latin siren lui-même issu du grec seirên et du mot seira, le lien, la corde, évoquant sans doute le pouvoir captivant des Sirènes.
[2] Martin, V. Les Amants de la Mer dans 22 Histoires de Sexe et d'Horreur. Albin Michel. Pocket. 1993. (p.49 à 57).

Bruits-cillements sur iris fixes suspendus
Bruissements de sombres vicissitudes
Abyssales arborescences sues déçues
Assentimence de lasses servitudes
...
Dissonances si-reines
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