« C'est au goût de créer des monstres. Je me précipiterais peut-être entre les bras d'une sirène ; mais si la partie qui est femme était poisson, et celle qui est poisson était femme, je détournerais mes regards. »[1]
Ce poids de l'esthétique dans l'hybridisme n'est pas sans rappeler à nouveau l'essentialité d’Éros dans la fiction fantastique : la femme, même corrompue par l'animalité, doit rester désirable pour fasciner, engendrer le fantasme et posséder l'homme.
La mythologie grecque regorge de figures hybrides notamment féminines mais à part le Minotaure (homme à tête de taureau) les autres Centaures, Sirènes, Harpies, Sphynge, Gorgone ont tous des têtes humaines.
Cela est révélateur de la pensée grecque qui plaçait l'humanité au-dessus de tout, à l'inverse des civilisations antiques d’Égypte et d'Inde ou bon nombre de dieux naturalistes ont une tête animale.
Le visage étant vecteur de l'identité, d'une image spirituelle et émotionnelle, il ne doit pas être perverti par l'animisme règle que le récit fantastique s'empressera de contourner.
"l'humanité et l'animalité sont affectées d'une permutation (...) c'est la tête et non le corps qui est désormais humaine (...) L'animal n'est plus la vérité de l'homme, c'est l'homme qui est la vérité de l'animal. »[2]
Ligeia
[1] Diderot, D. « Pensées détachées sur la peinture » Œuvres esthétiques. Paris. Garnier. 1959 (p. 762)
[2] Goimard, J. « Des Monstres aux Fantômes » (p. 914)
/image%2F0655032%2F20241209%2Fob_347578_capture-d-ecran-2024-11-06-210917.png)