
Psyché
Psyché était une princesse humaine dont la beauté parfaite était jalousée par Aphrodite. Éros, son fils, fut séduit et l'enleva, lui faisant promettre toutefois de ne pas voir son visage divin. Éros exige l'obscurité et ceci est une nouvelle métaphore du Péché de Connaissance. Curieuse de découvrir son amant, Psyché posa pourtant les yeux sur lui à la lumière de la flamme. Il s'éveilla, brûlé par une goutte de cire, et s'enfuit. Aphrodite punit alors Psyché en l'humiliant à de basses besognes destinées à la purifier, la conduisant même aux Enfers. Éros la retrouva finalement et l'épousa dans l'Olympe où elle fut divinisée.
Psyché est l'une des figures les plus abouties du paradoxe esthétique peut-être parce que le mythe y confronte la femme avec Éros lui-même, dieu ouranien du désir amoureux...
On peut voir en Psyché la métaphore de la séduction sous sa forme perverse, de la perte de l'aspiration, de l'aveuglement par le désir. La réapparition finale d'Eros vient transcender la femme vaine et concupiscente ; elle devient alors le miroir où se reflète la vision vraie de l'amour physique, sublimée par le versant masculin.Tout comme les Sirènes personnifient l'âme sombre des défunts, Psyché est une allégorie de l'âme humaine (N'est-elle pas également devenue un objet de la vie quotidienne où l'on se mire ?).
Lorsqu'Éros, puissance masculine terrestre, part chercher son âme, c'est dans les profondeurs infernales de la Terre qu'une femme, Psyché, l'a emportée.Cette allégorie de la belle dame / reflet du poète fut chantée par La Fontaine dans Les Amours de Psyché, par Corneille et Molière puis par E. Poe dans Ulalume où son côté thanatique est pacifié. On l'appelle « Psyché mon âme » (Poe), « Harmonieuse Moi, Mystérieuse Moi » (Paul Valéry), « une si exquise dame anormale » (Mallarmé.) Celle qui est l'Autre est aussi soi pour le poète. Psyché, l'âme de l'homme, des idées, des entités, de la nature et de ses puissances paradoxales est aussi le double mystérieux de l'homme, son Moi obscur, celui qu'il ne comprend pas, son origine (par la Mère) et sa fin (par la Mort.)
Par conséquent, l'homme contemporain qui perçoit sa propre duplicité recrée le mythe ; il assimile la mauvaise femme à la nature sauvage extérieure mais aussi à sa nature sauvage intérieure : celle de son esprit. Néanmoins ; si pour l'homme, l'artiste, le poète ou l'auteur fantastique, la femme devient la muse, le tableau, la mère... elle devient aussi un instrument de reproduction de soi. Elle en est réduite à rester psyché, le reflet de sa propre image, un miroir.
Mais qu'est-ce qu'un miroir sans reflet ?
Que se passe-t-il lorsque l'homme ne se mire plus dans la femme, lorsqu'il n'y cherche plus son âme ? La fonction du miroir est pervertie. Sans l'homme, sans l’Éros, la femme est néant, espace vide, vain et immobile. En somme, le visage le plus parfait de soi qu'elle peut renvoyer par l'amour, c'est l'illusion du Beau. Mais en tant qu'œuvre d'art, universelle, lisse, impénétrable, elle n'est plus Psyché femme par rapport à un homme elle est femme tout simplement et la féminité seule pétrifie.
Ligeia
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