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FLEURS SELENES

Odyssée nocturne entre Eros et Thanatos

Trahison

Publié le 31 Juillet 2026 par ligeia77


Chaque fois que la trahison s'infiltre comme une sombre litanie avec ses reviviscences, cela me ramène au moment où mon monde s'est ouvert en deux. Au moment où j'ai appris qu'il y avait eu une autre femme.
Je me souviens comment mes mains n'arrêtaient pas de trembler, comment ma poitrine était trop serrée pour respirer, comment le vertige s'est emparé de ma tête tout entière et comment j'ai oublié qu'il y avait un sol sous mes pieds. Comment mes nuits se sont transformées en batailles sans fin avec mes propres pensées. Le sommeil m'a abandonnée et l'anxiété est devenue ma compagne permanente, collant à mes pas comme mon ombre. Le plus insoutenable, c'était de réaliser que mon instinct criait la vérité bien avant que la preuve n'arrive. Je n'étais pas folle. Je ne pensais pas trop. Mon intuition me criait de ne pas croire tous ces mensonges grossiers.
J'ai été trahie.
Et ce genre de prise de conscience vous change d'une façon que les gens ne voient pas.
Irréversiblement.
8 juillet.
Je porte toujours le souvenir de cette soirée. Ce moment aiguisé et impitoyable. Le silence qui a suivi ces mots tranchants comme des lames était plus fort que n'importe quel cri, et la douleur semblait trop lourde pour que mon corps puisse la supporter. Elle était fulgurante. Mais surtout, je savais qu'elle allait durer, s'amplifier même. Que c'était le début seulement. Le début des combats, d'une guerre que j'allais devoir mener.
Si je n'en crevais pas tout de suite.
Je me souviens être tombée à genoux, là, sur le carrelage de la salle de bains, enfermée à double tour, la bouche grande ouverte sur un cri muet, suppliant Dieu d'enlever le mal parce que je ne savais pas comment j'allais y survivre. Cette douleur spécifique, seuls ceux qui ont été poignardés dans le dos par la seule personne à qui elles avaient accordé toute leur confiance, leur respect, leur admiration, leur amour absolu, seuls ceux-là comprennent qu'elle vous pénètre jusqu'à l'os, vous retourne du dedans vers le dehors, comme si on vous mettait la chair à nu. Cette douleur est vraiment physique. Et je ne ferai pas ici la longue liste des maux et maladies qui se sont enchaînés depuis car le corps s'effondre quand le système nerveux implose et que l'esprit se fragmente. On descend littéralement du train en marche. On est en pause, en suspens, éjectée de sa propre vie. La douleur qui reste encore longtemps après vient du fait de perdre cette confiance absolue en son autre, en son âme sœur qui n'en est finalement pas une car on découvre sa monstruosité obscène (au sens littéral ob-scene, qui est hors scène, hors d'état d'être montré, hors de toute loyauté, hors de toute dignité) car il a CHOISI de vous briser. Ça ne s'efface pas. Ça persiste dans vos os, dans vos cauchemars, dans vos prières, dans la façon dont votre cœur apprend désormais à se protéger.
Plus jamais en paix, plus jamais naturelle, plus jamais légère, plus jamais tranquille.
Cette trahison ne disparaît jamais, même quand on est seule. Ça transforme. Cela devient la raison pour laquelle on lit les gens plus attentivement, la raison pour laquelle on ne sait plus aimer, ni pardonner (par-donner : donner une part de soi) car on n'a plus rien à donner. Ils ont tout détruit, tout gâché, tout abîmé. Alors on bouge, on parle, on vit plus prudemment, on fait nos choix plus consciemment et on se positionne plus farouchement.
J'ai survécu à ces nuits qui me détruisaient. Je me suis relevée même quand ma foi, ma confiance et mon cœur étaient exsangues.
J'ai essayé de faire taire l'humiliation insupportable d'avoir été reléguée un temps pour des raisons totalement tristes et basses et incompréhensibles, et surtout pour quelqu'un qui ne m'arrivait pas à la cheville.
Et pendant que ma mémoire tremble encore, cette douleur ne me définit plus.
Ce qui me définit, c'est cette guerre que j'ai menée sans aucun regret ni scrupule.
C'est la force qu'il m'a fallu pour continuer à respirer, continuer à croire et continuer à chercher, à me battre, à avancer après que mon monde se soit effondré.
La trahison a brisé ma vie, oui, mais elle n'a pas brisé mon essence : ma rage, ma détermination, mon obstination, tout ce qui m'a nourrie depuis toujours.
Je crois plus que jamais en mes principes, l'honneur, l'honnêteté, et surtout, placer le respect au-dessus de l'amour.
Ma seule déception vis-à-vis de moi-même réside dans cette dureté, cette amertume qui s'est emparé de mon cœur.
Et qui ne me lâchera pas.
C'est le cadeau empoisonné qu'ils m'ont laissé.
Et qui leur reviendra comme un boomerang.
Si le Destin ou Dieu, ou le karma, peu importe le nom qu'on lui donne, ne punit pas, je saisirai la moindre occasion de me rendre justice

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