Je t’ai choisi. Et je crois que tu m'avais choisie aussi.
Je ne peux pas, je ne veux pas effacer ça.
Tout comme je ne peux ni ne veux effacer les moments de tristesse, de dégoût et d'horreur sans nom de ces derniers mois.
Tu as dégringolé si bas dans un tel amas de vices que je n'en reviens toujours pas.
Jusqu'où mon amour est-il prêt à te choisir encore ?
Comment choisir un homme honteux de ses comportements ? Honteux, coupable, inconscient et irresponsable... et qui le faisait quand même !?
A chaque instant, pendant ces longs mois, j’ai choisi de t’aimer.
De te croire. Malgré tout. Malgré les doutes et les révélations, l'intuition, les découvertes douloureuses.
J'ai continué de te choisir.
Pour nous choisir, nous. Pour pardonner. Pour t’embrasser encore, pour ne pas perdre ça, pour ne pas abandonner ça : l'ombre de l'homme aimant, solide et loyal que j'avais choisi.
J’ai choisi de rester à tes côtés même lorsque les choses sont devenues difficiles et plus que difficiles : insupportables.
Même quand je sentais intimement que j’avais perdu mes idéaux et mes illusions et que je devrais probablement arrêter pour me conserver ma propre estime, ma propre santé mentale, j’ai continué à nous choisir.
Je me disais : "ça serait tellement plus facile qu'il soit le Mal révélé, qu'il me frappe même, physiquement, là je l'aurais détesté, ç'aurait été net, sans ambiguïté, sans regrets, je serais partie ou je l'aurais mis dehors..." Mais non.
Ces derniers mois, je pensais peut-être que tu changerais, que tu étais en train de changer, que les choses s’amélioraient.
C'est ce que tu me montrais. Je voulais tellement y croire. Je te prenais encore pour mon refuge, mon sauveur peut-être. Mais un doute subsistait, mon 6ème sens je te l'avais écrit. La conviction permanente et insidieuse que tu ne m'avais pas tout dit. J'essayais de m'en accommoder mais c'était trop lourd. Et injuste. Incroyablement injuste de souffrir seule ainsi, de salir notre relation déjà morte-vivante avec ces choses qui "ne collaient pas".
Peut-être que je n’avais personne d’autre à qui me confier pour m'aider et une estime de moi incroyablement basse. L'humiliation, la trahison, ça détruit l'estime de soi mieux et plus vite que n'importe quel harcèlement. C'est immédiat.
Peut-être que je voulais juste que tu me choisisses à nouveau. Juste une fois. Une seule fois. En toute connaissance de cause et pas comme le chien fugueur et contrit qui retourne à la niche par défaut, parce qu'il a fini de vagabonder, de se pavaner et faute de mieux.
Je me disais que si je m’en allais, je n’avais rien d’autre à emmener dans mes bagages qu'un immense gâchis, que du temps perdu et un cœur brisé.... Il fallait que ça en vaille la peine, me suis-je dit.
Tu devais en valoir la peine. Nous devions en valoir la peine.
Et puis j'ai vu un matin dans une effroyable lucidité quelque chose que personne d’autre ne voyait :
Je te connaissais.
Mieux que toi-même.
J'avais compris que tu étais encore ces deux-là. L'homme aimant, plein de bonne volonté, désireux de tout sauver, de m'aimer, de nous aimer toujours / et le chien corrompu, avide de vices et de reconnaissances éperdues à satisfaire, en dépit de toute prudence, de tout bon sens, de tout respect de soi. L'ado inconscient bravant les interdits dans sa soif éperdue de possession de l'autre. Une autre à posséder entièrement, intrinsèquement, dévouée à lui pour lui prouver juste qu'il est quelqu'un de fort, quelqu'un qui mérite une dévotion absolue et inconditionnelle. Cette quête éperdue et égotique qui n'en finit jamais. Parce que tout cela, je te l'avais donné en te choisissant. Mais ça ne te suffisait pas.
Ça n'a jamais suffi. Surtout parce que moi, j'étais sans compromissions, insoumise, indocile, forte. Tu me l'as toujours dit.
Parce que plus que des moments d'ivresse à ce moment-là (peu importe l'autre, ç’aurait été pareil) : tu recherchais l’emprise. Tu n’en avais même pas conscience toi-même j’en suis sûre. Parce qu'il faut encore et toujours convaincre, conquérir, posséder, AVOIR, susciter des sentiments, se rassurer dans son désir d'être un Homme, un vrai. Et parce que ETRE bien, honnête, construire avec la personne qu'on a choisie comme son égale, ça demande des compromis, parfois des désillusions et que ce sont des efforts et de grandes et petites joies. Mais que ça ne procure pas ou plus assez de frissons. Le fameux frisson des cimes. Celui d'Icare, celui qui s'est brûlé les ailes.
N’est-ce pas ?
Alors aujourd'hui, j'ai décidé d'arrêter de TE choisir. Parce que je suis seule à le faire. Et je m'oublie, je me renie, je m'efface, je m'abîme, je deviens une ombre, un amas tétanisé de peurs et de souffrances, attendant le prochain coup acéré de poignard, la prochaine déception.
En te choisissant, j’avais arrêté de me choisir moi-même.
Aujourd'hui, je me choisis en arrêtant les frais. Je te laisse redevenir UN. Redevenir un homme (si tu l'as jamais été.) Fais ton chemin de rédemption dans la lumière du grand solde de tout compte.
Et à ce moment-là, tu viendras ME choisir.
Si je suis encore là.
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