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"Je vais la recoudre, ta vie, je ferai de mon mieux, c’est promis, tous les petits fils qu’ils ont pris un malin plaisir à arracher, toutes les déchirures qui font sur ton cœur de larges plaies, laisse-moi tout réparer."
(Antoine de Saint-Exupéry)
Sauf que personne ne « répare » un trauma, pas de personne physique j’entends.
Ce serait beau. On réalise avec horreur qu’on est seul à pouvoir et devoir faire le travail.
Avec l’injustice qui l’accompagne. On doit réparer les dégâts que d’autres ont causés. Alors qu’on est à terre.
Les autres.
Ils disent "ça ira mieux" mais c'est un mensonge... ça ne s'améliore pas. On s'y habitue juste.
On continue d’avancer, mais on ne sait plus vraiment dans quelle direction. Du moins au début.
Cette sensation n'est pas un état passager, elle ressemble plutôt à un vide silencieux qui s’étend à l’intérieur de nous, durablement. Quand l’esprit, par le cerveau, a pris la main et s’est mis en mode « survie », il crée une dynamique nouvelle, un état d’urgence un peu « mort-vivant ».
L’hypervigilance, c’est un état d’alerte permanent du système nerveux, une forme de “veille intérieure” qui ne s’éteint jamais vraiment.
Elle naît après un traumatisme, une période de stress prolongé ou une injustice émotionnelle profonde.
C’est le corps qui continue à se battre alors même que le danger est passé.
Tous ces mécanismes installent une somatisation dont peu mesurent l’ampleur à moins de l’avoir vécue.
Et je rallonge périodiquement la liste de tout ce que mon corps m’a imposé et manifeste encore aujourd’hui en dehors de tout contrôle : insomnies, hausses et chutes de tension, nausées, diarrhées, vertiges, tachycardie, bruxisme, abcès, psoriasis, herpès, cystites, aménorrhée subite…
Et au quotidien, la dépression. Un espace que l’on remplit de routines, de gestes automatiques et d’objectifs que l’on poursuit sans réellement les ressentir. Parce qu’on a appris que bouger était la seule façon de ne pas affronter le poids de ce qui nous attend si l’on s’arrête, ces souvenirs prégnants, ce relent de dégoût systématique, ce silence qui nous oblige à regarder ce que l’on a laissé s’éteindre en nous. Et ce qu’ils ont éteint. Derrière nous.
Quand avancer ressemble à "on essaie juste de passer entre les gouttes." Un peu anesthésiée.
On a la pression sociale de la responsabilité de guérir, d’aller mieux. Et vite de préférence. Et ça, c’est très violent.
On a l’injonction de « pardonner » le mal parce « ça permet d’avancer », on nous culpabilise vite de s’y refuser. Pas par principe figé mais parce qu’on n’a tout simplement pas pris le temps d’accueillir, de vivre, de comprendre toute la souffrance légitime et ses causes. L’injonction nie, elle minimise tout, elle vient écraser la réaction, pourtant légitime, et la pointer comme nouvelle coupable d’une réalité dysfonctionnelle. Cette attitude manipulatrice, faussement bienveillante, vient aussi détourner l’attention de la cause réelle en mettant un coup de projecteur sur la conséquence.
C’est un mécanisme très pervers que même les personnes les plus proches, les plus censées nous aimer, mettent en place, parfois inconsciemment. Parce qu’elles sont dans le déni de cette nouvelle réalité et qu’elles ne veulent surtout pas lui faire une place, dans leurs vies à elles. D’abord, elles minimisent. Trouvent des explications remplies de préjugés censées apaiser. Les « ça arrive » et autres excuses insupportables qui déchargent les coupables de toute responsabilité.
Pour elles, on doit absolument faire un choix simpliste et immédiat. Et dans tous les cas, ce choix doit nous extirper de la souffrance. Alors que le temps, pour avoir un pouvoir guérisseur, doit aussi être consacré à entamer divers processus : compréhension, analyse, appropriation, redéfinition de ce qui a été et de ce qui sera, de la justice, de ses espoirs, de ses craintes, de ses limites, de ses projets. Et surtout, évacuer les dilemmes en les éclaircissant. Comment faire un choix éclairé quand on est au cœur de la souffrance et que nos sentiments sont absolument contradictoires et pourtant coexistant ?
Comment répondre à « que veux-tu ? » quand on ne SAIT PAS ce qu’on veut ?
On ne voulait pas en arriver là, c’est tout.
La gomme magique qui n’existe pas.
Avant, je croyais que le bien appelait le bien et que le mal semé récoltait le mal.
J'étais sûre que les bonnes intentions engendraient de bonnes intentions.
Mais la vie m'a appris que les gens agissent selon leur nature, souvent figée, et non selon ce qu'on leur offre.
Ils vous comprendront comme ils l'entendent et vous traiteront selon leur propre personnalité, selon leurs intérêts parfois et non selon ce que vous méritez.
Avec le temps, on comprend que les actes sont plus éloquents que les paroles, et que les bonnes intentions ne nous protègent pas toujours des autres, mais qu'en définitive, elles préservent la pureté de notre cœur.
Être choqué ou déçu par les autres ne signifie pas qu'il faille cesser d'incarner le bien, mais plutôt qu'il faut apprendre à poser des limites.
La maturité ne signifie pas perdre sa pureté, mais savoir la préserver.
Certains jours, on se dit : « C’est assez l’auto-sabotage.
Il est temps de se rappeler celle que j'étais avant toute cette merde.
Retrouver ma lumière.
Transformer l’impuissance en créativité, en force. En lucidité. »
Et puis, tout le monde le dit : « les blessures guérissent avec le temps. »
Faux.
Le temps n'efface rien. C'est le travail intérieur qui libère.
Et les maudits mots dits. « Maux dits ». Clairement, haut et fort.
La vérité, c’est que guérir demande plus de courage que survivre.
Parce que survivre, ça peut se faire en se cachant. Guérir, non.
Sans action concrète, on peut traîner les mêmes schémas toxiques toute sa vie.
Et tant pis si ce travail intérieur est entrepris seul.
On n’est certain que d’une chose : on ne laissera plus à quiconque la clef de son cœur aussi aveuglément.
Relier à nouveau le cœur et la tête, les sutures les plus difficiles à faire. Surtout quand on croit sincèrement que ce cœur est brisé. Incapable de fonctionner, de donner, si plein de Mal qu’il n’a de place pour rien d’autre.
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