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Mon deuil n’appartient qu’à moi.
Le deuil, ça n'est pas forcément le chemin qu'on traverse après la mort d'un être cher.
Le deuil, c'est aussi celui d'un amour, de celui en qui on croyait au-delà de tout et qui n'existe plus même s'il est physiquement là, celui de ses certitudes, celui de ses illusions, de sa vie d'avant, de celle qu'on était et de tout ce qui ne reviendra pas.
Le deuil, ça n'est pas forcément le chemin qu'on traverse après la mort d'un être cher.
Le deuil, c'est aussi celui d'un amour, de celui en qui on croyait au-delà de tout et qui n'existe plus même s'il est physiquement là, celui de ses certitudes, celui de ses illusions, de sa vie d'avant, de celle qu'on était et de tout ce qui ne reviendra pas.
Certains jours, je guéris. D’autres, je me brise à nouveau… Parce que le deuil n’est ni une ligne droite ni une échelle que l’on gravit jusqu’à atteindre un sommet où tout irait mieux. Cela ne fonctionne pas ainsi.
Le deuil est une spirale, une force qui emporte sans prévenir, vertige irrépressible et incontrôlable entre la douceur des souvenirs et l’acidité brutale de la déception du présent.
Parfois, je crois avancer, respirer plus librement, rire sans culpabilité. Je me lève avec cette sensation que la vie continue et que, d’une manière ou d’une autre, je continue avec elle. Mais il suffit d’un détail, d’une chanson, d’un parfum, d’une phrase que tu as dite un jour… et soudain, je vacille.
Je m’effondre comme si le temps n’avait pas passé, comme si la blessure se rouvrait avec la même intensité que le premier jour. Et là, dans l’obscurité silencieuse de la nuit, quand le monde dort mais que moi, je veille, quand l’absence devient plus vaste que la pièce elle-même, je comprends que cette douleur m’appartient.
Et qu'elle n'a plus que la couleur d'une obsession. Une sensation de morsure. Vorace. Permanente.
Et qu'elle n'a plus que la couleur d'une obsession. Une sensation de morsure. Vorace. Permanente.
Oui, nous avons vécu ce que nous ne voulions pas… et reçu ce que nous ne méritions pas. Cela n'est pas que "mon" deuil. J'ai lu tant de fois des mots similaires. Pour celui qui ne le vit pas, ça relève même d'une déconcertante banalité peut-être.
Vais-je passer toute ma vie à me demander ce qui relève de la destinée ou ce qui nous est permis de choisir ? Méritons-nous vraiment toute cette souffrance pour "apprendre" ? Et apprendre pour en faire quoi, avec le peu de temps qui nous restera ? Attendrai-je vraiment en vain un hypothétique "règlement" ? Quelque chose qui viendrait panser les plaies du deuil : la justice, le karma, le solde de tout compte... J'y croyais.
Mais que pèsent nos croyances face à une réalité dépourvue de sens dans laquelle on s'acharne à décortiquer des bribes et des lambeaux de logique qui se désagrègent obstinément ?
Mais que pèsent nos croyances face à une réalité dépourvue de sens dans laquelle on s'acharne à décortiquer des bribes et des lambeaux de logique qui se désagrègent obstinément ?
Ou bien avons-nous trop rêvé, oubliant que nous vivons dans une réalité qui assassine les rêves, même les plus simples ?
Nous avons vécu notre vie en longueur, en largeur, dans le silence, avec endurance et patience.
Et quand on nous dit de quitter ce qui nous fait du mal, nous réalisons que la douleur s’est installée dans nos cœurs. Durablement. Qu'elle est devenue l'ombre de nos pas, un reflet sombre dans notre regard détourné du miroir, une écharde presque invisible, profondément fichée. Une compagne silencieuse et familière. Indissociable. Le poids de ce qu'on a dû enterrer ne disparaît pas juste parce qu'il n'est plus sous nos yeux. On le traîne, on le porte avec soi, en soi. Le deuil de ce qui embellissait nos jours et qui n'est plus : sali, dévoyé, trahi, bafoué, irrémédiablement.
Même si nous ne nous sentons pas faibles, même si "la vie a repris son cours" et que nous naviguons encore, un peu ballottés, un peu maîtres de nos frêles embarcations. Et si nous n’avons pas encore perdu espoir, nous atteignons un état d'épuisement moral qui délave durablement les couleurs des moments les plus vifs.
Le réservoir de nos émotions s’est vidé, et nous ignorons ce qui nous attend encore. Et si on saura encore le surmonter. Enterrer le pire. Faire son deuil. "Se faire une raison". Quelle détestable expression.
Puis, tandis que nous attendions que le pire passe, c’est la vie qui sera passée.
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