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On ne perd pas quelqu'un une seule fois.
On peut perdre quelqu'un ou quelque chose de précieux : l'amour, la paix, l'insouciance, l'harmonie, ses illusions...
Tout cela aussi, ce sont des deuils.
Quand on s'effondre, cela n'arrive pas qu'une seule fois.
Cela se produit encore et encore, parfois de nombreuses fois au cours d'une seule journée.
On vaque à ses occupations, fonctionnant mécaniquement parfois à nos activités quotidiennes, mais le deuil s'est installé discrètement. Tapi, discret. Il sait repeindre de couleurs sombres le plus joli des paysages. Il se fiche comme une écharde, cuisante et insupportable qu'on ne peut pas retirer.
Il chuchote avec sa voix d'insecte, même au milieu d'un sourire, "c'est arrivé, tu vois, rien ne sera jamais plus comme avant."
Une image, trop d'images.
Un lieu où on évite d'aller. Des détours qu'on fait pour ne pas passer devant.
Une chanteuse qu'on ne supporte plus.
Des dates sur un calendrier.
Un prénom qu'on maudit et qui nous vrille les tympans.
Un flash de souvenirs.
La chute qui semble ne jamais pouvoir cesser dès qu'on ferme à demi les yeux.
Et soudain, on perd tout à nouveau.
La douleur est vive. Physique. Le souffle est court. Le cœur s'emballe. Les jambes se dérobent.
Comme si cela venait tout juste d'arriver.
La vérité est simple comme un cercle qui nous happe dans son tourbillon :
On ne perd pas qu'une seule fois.
On perd chaque fois que la vie nous rappelle ce qu'il s'est passé. Ce qu'on était et que l'on n'est plus.
Le sourire qu'on ne sait plus esquisser. La lueur morte dans nos yeux. Les photos du passé qu'on a renfermées parce qu'elles font trop mal. Les photos du présent qu'on évite de faire pour ne pas se voir changée. Irréversiblement.
Parce que la douleur de perdre se porte comme un stigmate. Sous les paupières. Dans le coin des lèvres.
Comme quand on dit à une femme enceinte qu'elle est radieuse ou qu'elle rayonne, porter le vide c'est l'inverse : on est éteint.
La perte ne suit pas une ligne droite, ce n'est pas un moment isolé.
C'est un refrain. Lancinant. Entre les couplets que l'on découvre.
Il revient avec cruauté pour ponctuer chaque épisode de notre vie.
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