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FLEURS SELENES

Odyssée nocturne entre Eros et Thanatos

Prisonnière

Publié le 10 Janvier 2026 par ligeia77

“L'invisible araignée de la mélancolie étend toujours sa toile grise sur les lieux où nous fûmes heureux et d'où le bonheur s'est enfui.”
(Boleslaw Prus)

Les jours passent, mais à l’intérieur, tout reste figé au même endroit.
Ce n’est pas la vie qui fait mal, c’est l’impression qu’elle se déroule sans nous. 
L'humiliation et la déception pourrissent durablement l'existence.
Plus rien ne sera jamais totalement beau et bon. Même deux ans après. La vie reste en suspens entre ce qu'on croyait fort, le passé (ou plutôt ses belles illusions) qu'on regrette et la bile du réel qu'on nous a imposé. 
Ce qu'il reste de tout cela est simple : on ne sera plus jamais en paix. 
Regarde bien en face la destruction que tu as provoquée, que vous avez provoquée : une femme brisée, une mère qui ne partage plus rien avec ses enfants, incapable de ressentir le moindre plaisir.
Spectatrice inerte et envieuse de l'insouciance de ceux qui foulent le sable ou la neige, qui sourient spontanément en levant leur verre, qui sortent de chez eux sans effort. Détachée de son corps et de ses sensations. Une coquille vide d'où l'acide suinte patiemment, en larmes parfois, en mots parce qu'il ne reste que ça. Une femme qui joue son rôle comme une vieille mécanique en contemplant le chemin des possibles qu'on lui a arraché : cette vie parallèle qui serait la sienne si tu n'étais pas venue chier dedans, contaminer son cœur qui savait aimer sincèrement, bousiller jusqu'à ses beaux souvenirs par la suspicion et les doutes que tu y as injectés, voler jusqu'à son estime d'elle-même car elle n'a pas été suffisamment vigilante pour te craindre. 
Tu es un virus. 
Tu m'as tuée alors que je respire encore et que mon pouls ne bat que pour assister à ma propre agonie psychique. 
Je ne compte plus mes nuits blanches à maudire vos noms.
Vous les dégueulasses, les égoïstes, les lâches, les inconscients, les irresponsables.
Tout juste capables de paraître candides dans votre insupportable cruauté quand vous balancez, bien cyniques, un brin agacés : "je n'ai pas voulu ça"... 
L'avanie. 
La tristesse en toile de fond. Toujours. 
La colère de se sentir otage de sa mémoire, impuissante à changer ce qui a été tissé, proie ridicule, "dommage collatéral" dont on minimise la prison. 
Et l'horreur plus que la lassitude de réaliser que cela ne cessera jamais. 
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