/image%2F0655032%2F20251027%2Fob_feab02_blindness.jpg)
"Il n'est pire douleur que le souvenir du bonheur au temps de l'infortune." (Dante)
Dans mon vide,
Il y a un reflet, que je ne vois pas, que je ne trouve plus. Un vide que j’ai comblé comme je pouvais.
Au lieu de me libérer, je me suis confortée dans la béance de cette solitude.
Ni amie, ni ennemie, elle m'a tout simplement rendue totalement, inexorablement, vide.
Entre amère et obsédée.
À demie juge, à demie victime.
Surtout coupable de m'être abandonnée.
Je me suis parfois raccrochée à des âmes de passages, à celles dont on sent l’empathie, la compréhension, pour drainer son cœur de poisons trop toxiques, pour essayer encore et toujours de refaire l’histoire.
Mais c’est un leurre.
Tout comme s’imaginer qu’on réécrit sur une page blanche.
(Tant qu’on écrit avec son sang et ses larmes, que peut-il en sortir de beau et de bon ?)
Tout comme théoriser sur ses sentiments car on ne sait plus les ressentir depuis longtemps.
Du moins pas aussi forts, pas aussi purs.
Il fut un temps où je rendais grâce à mes sentiments.
Je ne peux rendre grâce aujourd’hui qu’à ma lucidité et ma perspicacité.
Celle de dépasser ces sentiments aveugles et les prendre pour ce qu’ils étaient.
Cesser de regretter des moments dans lesquels je n’ai pas compté.
Pas réellement.
Pas profondément.
Pas comme j’aurais dû.
Cesser de m'accrocher à mon image vide et ce cœur trop plein de joie qui croyait avoir épousé son parfait reflet.
Cesser de demander à ce cœur inconscient de me délester de mes poids.
Ceux de mes idéaux et de mes chimères.
Il ne portera jamais mes souffrances et mes rancunes pour le meilleur.
Juste pour le pire.
Parce que j’ai compris que ma haine, c'est moi qu'elle bouffe d’abord.
Cette année et la précédente furent celles des choses que je n'aurais jamais pensé pouvoir arriver.
Mon cœur a failli s’arrêter cent fois sous le poids de tout ce mal.
Mais j’ai tenu bon, j’ai résisté et j’ai poursuivi ce chemin dévié d’une manière que je ne comprends toujours pas.
C’était comme si je courais sans plus savoir marcher, comme si je poussais la nécessité de continuer dans le brouillard sans choisir.
Les jours me portaient sur leurs épaules malgré mes fractures.
Ou peut-être que je vivais avec un cœur emprunté, un cœur qui ne ressentait plus ce que je ressentais et ne battait plus comme il aurait dû.
À chaque instant, ce fut comme si je luttais contre la noyade et je souriais au vide.
Pour que tout ce qui m’entourait encore ne s’effondre pas.
J’ai caché mes larmes aux miroirs, feignant le courage devant mon propre reflet.
Devant le miroir des autres.
Et me voici maintenant, ne sachant plus si j’ai vraiment survécu ou si je me suis simplement habituée à la douleur, jusqu’à ce qu’elle devienne familière, invisible, comme une ombre jumelle, collée à mon âme.
J’ai rempli mon cerveau de tant de choses, pour oublier ce que j’étais devenue.
J’ai cherché des frissons à chaque souffle, à chaque relent de mémoire.
Car c’est l’ironie du Vide et de la Peur. Je n'ose plus rien.
Je suis si seule, même entourée, dans chaque silence entre deux phrases convenues.
Si seule, que la mécanique de ma voix ne parle même plus, elle réagit. Stimulus / réponse.
Car je ne sais plus me répondre, ni m'entendre.
Le plus souvent, je suis dissociée : spectatrice de cette vie qui continue comme une partition et j’y joue un rôle, oui, un rôle social. Toujours le même. Bâillonnée. Avec dans un coin de ma tête, cette petite voix qui murmure avec sa voix d’insecte « Souviens-toi, ça a eu lieu. Plus rien ne sera jamais comme avant. »
Je suis triste, lasse, souvent en colère.
Encore.
Et ça rend aigrie. Comme je ne croyais jamais le devenir.
Je crois que je suis toujours dans l'attente de quelque chose que ni les mots, ni l'amour ne peuvent encore définir.
C’est le poids de l’irréparable. De l’irréversible.
L’attente du moins pire.
Parce que la perfection de nos rêves réalisés appartient à un passé proche.
On était heureux. Et on ne le savait pas.
Nos rêves nous sont-ils arrivés ? Déjà, dans nos pages refermées ?
Je le sais maintenant. De quoi peut-on rêver encore ?
Le seul vœu, la seule et unique chose que je souhaite plus que tout au monde est impossible : celle de revenir en arrière et de « pouvoir ».
Je préfère encore et toujours corriger les fautes que d’envisager l’apport des erreurs.
Elles sont toujours trop lourdes pour qui ne les a pas commises.
Ma culpabilité infinie reste de n’avoir pas su voir, pas avoir réagi quand il le fallait.
Et réaliser que les choses qu’on ne peut pas changer, ce sont bien elles qui me font changer. Profondément.
Alors, je préfère caresser mes blessures.
Pour les apaiser et les garder visibles à la fois.
Car, tant qu’elles sont là, la vigilance sera de mise, de part et d’autre. Des blessures en guise d’armure.
Je reste suspendue à un passé, attachée à des liens morts, ceux d’avant que je croyais purs.
Engourdie de pensées qui pleurent et de rêves qui meurent. Les uns derrière les autres.
Ceux que j’ai cru bêtement avoir réalisés. Ceux que je croyais encore possibles.
Pleine de reproches si envahissants qu’ils débordent de moi, en chiffres, en preuves, en mots traîtres, en trop et pas assez. De ma salive à mes larmes.
Tout en moi porte les couleurs des feuilles mortes, des soleils éteints de mes yeux à mes cases ratées.
Tout en moi pue la tristesse à plein nez.
De mes écrits à ma voix cassée.
De mes insomnies à mes espoirs brisés.
De mes beaux souvenirs à leur profondeur délavée.
Publicité
/image%2F0655032%2F20241209%2Fob_347578_capture-d-ecran-2024-11-06-210917.png)